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Quel est le véritable coût des produits de beauté ?

Toute personne impliquée dans la fabrication et la distribution de produits cosmétiques a très certainement vu le reportage d’Envoyé Spécial sur les cosmétiques à prix cassés. On connaît la tendance de cette émission à tourner les sujets en traque ultime d’arnaque. Et pour arriver à cette conclusion, les reportages empruntent souvent beaucoup de raccourcis. Comme attendu, ce fut le cas cette fois encore. Mais on peut reconnaître à Elise Richard, journaliste en charge de ce reportage, d’avoir soulevé (même rapidement) quelques points importants (notamment le packaging).

Etant nous-mêmes acteur du paysage cosmétique, nous avons décidé de partager avec vous les principaux éléments qui entrent dans le calcul du prix d’un produit cosmétique. Des éléments auxquels on ne fait pas forcément attention mais qui n’en sont pas moins déterminants.

 

La formule

1. Le choix des matières premières

Dans une formule, le prix peut changer énormément en fonction du choix des matières premières : l’huile de tournesol coûte beaucoup moins cher que l’huile d’argan par exemple.

2. Le choix du naturel et du BIO

Les matières premières synthétiques seront généralement moins chères que les matières premières naturelles. Cela vaut pour les agents de texture et de consistance mais aussi pour les parfums.

Les ingrédients naturels et BIO coûtent également plus cher que les conventionnels. Selon les producteurs, l’huile d’avocat par exemple peut passer du simple (en conventionnel) au triple (en BIO).

3. La qualité des matières premières

Lorsque l’on recherche de bons ingrédients, on se tournera davantage vers des ingrédients produits de manière quasi-artisanale. Une huile de coco vierge pressée à froid aura bien plus de parfum, de richesse et de propriétés préservées qu’une huile bas de gamme chauffée ou peu fraîche qui aura commencé à rancir. La première coûtera évidemment plus cher.

4. Le circuit d’approvisionnement

Le choix de la filière est déterminant dans le prix. Une filière équitable ou de petits producteurs coûtera bien souvent plus cher que les filières plus industrialisées et à plus fort rendement.

 

Le laboratoire & la fabrication

5. La recherche et développement

Une marque qui développe elle-même des actifs va engager des frais dans le temps passé à la recherche, le matériel utilisé et les employés qui conduisent ces recherches. La plupart du temps ce poste sera sous-traité mais cette fois, c’est le sous-traitant qui facturera à la marque son temps et les moyens mis en œuvre.

6. Minimums de fabrication

Lorsque la fabrication est sous-traitée, il existe très souvent des minimums de fabrication, c’est-à-dire une quantité minimum de produits en dessous de laquelle le laboratoire n’allumera pas les machines parce que ça ne sera pas rentable pour lui.

Le long travail de pesée, de nettoyage et désinfection, le timing et la manipulation des machines (qu’elles soient grandes ou petites)… tout cela représente un coût. Et que l’on sous-traite ou que le laboratoire soit interne à la marque, il faut le compter dans le calcul.

7. Minimums de commande des matières premières

Lorsque l’on commande une matière première pour une formule, on peut rarement acheter tout juste la quantité qu’il nous faut pour préparer un lot. Il existe des quantités minimums de commande (ou « MOQ » : minimum order quantity). Par exemple, lorsque l’on achète une huile de kukui très sensible à l’oxydation, on sait qu’on ne va pas pouvoir la conserver longtemps dans sa qualité optimale. Cela fait donc grimper le prix effectivement payé au kilo utilisé. (Il faut se rappeler que les MP sont périssables et peuvent être sensibles lorsqu’elles sont naturelles).

 

Les performances

8. La performance sur la durée

Le reportage d’Envoyé Spécial a tenté une comparaison de la performance, mais seulement en surface et seulement dans l’immédiat. Il faut aussi étudier les performances cumulées de l’utilisation d’un produit. L’effet « tout de suite, maintenant » n’a de sens que pour un produit jetable. Pour un produit qu’on intègre à son rituel de beauté, il faut pousser la comparaison un peu plus.

9. Le rapport performance / nocivité

Le ratio performance versus nocivité est un peu la continuité du point précédent. Dans la comparaison de deux crèmes dites hydratantes (l’une à 3€ et l’autre à 65€), la première a été nommée la plus efficace. Cependant, elle regorgeait d’ingrédients (évidemment bon marché) très occlusifs : qui empêchent la perte d’hydratation, non pas en la retenant dans la peau mais en l’empêchant de s’évaporer. La peau n’est ni nourrie, ni réellement hydratée. Au prochain passage à la douche (avec un gel douche riche en SLS pour dissoudre cette couche plastique), la situation redevient la même, voire pire. L’apparente efficacité immédiate est un cache-misère qui couvre un degré de nocivité que la plupart des consommateurs ne souhaiteraient peut-être pas sur leur peau s’ils en avaient pleinement conscience.

10. Le packaging

Le choix du packaging aura un très fort impact sur le prix final du produit. Généralement, un packaging en plastique sera bien moins cher qu’un packaging en verre.

Il existera également une grande différence de coût entre les packagings innovants et performants (qu’ils soient en plastique, aluminium ou verre) et les packagings classiques.

La marque, l’entreprise

11. Les frais internes

Nous entrons dans la partie la moins glamour mais elle fait autant partie du calcul. Derrière une marque il y a aussi une entreprise et elle a toutes sortes de frais de fonctionnement : des locaux, des employés et/ou prestataires extérieurs, des factures diverses, un site Internet, etc.

12. La communication

Dans l’univers extrêmement concurrentiel de la cosmétique, une marque qui ne communique pas est une marque qui n’existe pas. C’est surtout vrai pour les marques généralistes et/ou grand luxe (égéries, espaces publicitaires, etc.).

13. La distribution

Le circuit de distribution joue également un rôle important. Lorsqu’une marque est distribuée dans un magasin ou autre site spécialisé, elle se doit de prévoir pour le distributeur une marge qui lui permette de couvrir ses propres frais (main d’œuvre, stockage, etc.).

14. La certification

Pour les cosmétiques biologiques, il y a le coût de la certification qui comprend au moins un audit annuel et des vérifications qui dépendent notamment :
– du nombre d’ingrédients utilisés,
– des ingrédients non-bio utilisés,
– du lieu de fabrication (interne ou externalisées).

 

De manière générale, plus une marque sera grande, plus elle aura la possibilité de réduire ses coûts par flacon puisqu’elle pourra optimiser la plupart de ses frais et fabriquer en plus grandes quantités (plus on fabrique, moins le prix à l’unité est élevé).

 

Cette liste est longue mais non exhaustive. Elle permet cependant de comprendre que la comparaison entre deux produits ne peut pas se faire sur la base du simple prix ou d’autres critères de surface.

Il faut commencer par lire la liste INCI (pour éliminer les substances dangereuses), puis chercher la présence d’éventuels labels et si tout va bien, passer à l’étape du test. Dans la plupart des cas, le prix n’est qu’une question de rentabilité. L’entreprise facturera en fonction des moyens qu’elle a elle-même engagés dans sa marque.

 

Cet article vous a-t-il plu ? Y a-t-il d’autres éléments qui n’auraient pas été notés ? Certains vous ont-ils surpris ?

Laissez-nous un commentaire ou répondez sur Twitter #AntoninB #PrixCosmetique

4 Comments

  1. Avez vous une idée du prix au litre d’un gel douche industriel, sans le packaging ? Même en prix de gros, à combien les enseignes toucheraient la matière première ?

    1. Bonjour Célia, il est impossible d’indiquer un véritable prix puisqu’il y a beaucoup trop de facteurs à prendre en compte:
      – la qualité des ingrédients,
      – le nombre d’ingrédients,
      – la présence d’un label,
      – le volume fabriqué.

      Un détergent très basic, non naturel, de basse qualité et produit en masse pourrait très bien revenir à moins de 25 centimes le litre. Mais même si techniquement c’est encore ‘gel douche’ il n’est pas du tout comparable à un produit d’une autre gamme.

      Chaque ingrédient et chaque étape de la fabrication modifient le prix. Il est toujours possible de couper dans les dépenses pour fabriquer un produit qui ne soit pas de qualité. Plus on va vers une échelle et une méthode artisanale, plus cela coûte cher. Plus on utilise de matières premières rares, précieuses ou de qualité, plus le prix augmentera également.

  2. CAPELLE Philippe

    J’ai apprécié votre article qui met en évidence la liste des paramètres qui interviennent pour fixer le prix d’un cosmétique.
    Y aurait-il moyen d’en savoir davantage quant à une répartition quantitative (en %) de ces différents paramètres.
    Quelle est la part des matières premières, de la fabrication, de la publicité, de la recherche, du circuit approvisionnement … dans le prix fixé d’un cosmétique ?

    1. Bonjour, il est impossible d’établir une répartition qui s’appliquerait à tous. La vérité est que c’est la marque qui choisit. Souvent, les grandes marquent investissent peu dans les ingrédients de qualité et beaucoup dans la recherche et la communication (le prix augmente par exemple lorsque la communication implique le cachet d’une star hollywoodienne et des pages de publicité régulières dans les grands magazines). Pour nous la priorité, ce sont les ingrédients et un packaging sain et performant. Tout dépend des moyens de la marque mais surtout de l’esprit de la marque et de la direction qu’elle souhaite prendre. Si vous vous lancez, ce sera donc à vous de déterminer tous ces éléments.

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